Il y a des problèmes qu’on voit sans vraiment les regarder, comme le lavage de vitres en hauteur. Ce travail pénible et risqué était vu comme une fatalité pour les gestionnaires d’immeubles.
Sébastien Méthot et Émilie Normand ont choisi de le questionner. Alors à l’École de technologie supérieure (ÉTS) et plongés dans l’univers des drones au Dronolab, ils ont imaginé une solution simple: remplacer l’être humain en hauteur par un drone.
Le résultat, c’est WINDO, et son système clé en main WINDOSMART, qui transforme aujourd’hui le lavage de vitres commercial, une tour à la fois.
Découvrons ce changemaker qui réécrit les règles d’un métier aussi vieux que les vitres elles-mêmes.
Le problème : un métier dangereux à résoudre
Le lavage de vitres en hauteur est l’un des métiers les plus exigeants du secteur de l’entretien de bâtiments. Les travailleurs opèrent à plusieurs dizaines de mètres du sol, exposés aux intémpéries, avec un équipement lourd et des contraintes sévères en matière de santé et sécurité au travail. On peut s’imaginer que le recrutement dans ce type de métier est difficile par ailleurs.
Pour les propriétaires d’immeubles et les entreprises de lavage, cela se traduit par :
des coûts opérationnels élevés liés à la main-d’œuvre spécialisée,
une fréquence de nettoyage limitée par les contraintes humaines,
un risque d’accident constant, malgré les équipements de protection,
et une dépendance à une main-d’œuvre de plus en plus rare.
C’est dans ce contexte que Sébastien et Émilie ont commencé à se poser la bonne question : et si on lavait à la machine plutôt que par des humains ?
La solution : un rig de nettoyage aérien pensé de A à Z
Le cœur du système WINDOSMART, c’est un drone de catégorie industrielle connecté au sol par un tuyau léger qui achemine l’eau et le savon jusqu’à la tête de nettoyage. Cette architecture, appelée « tethered rig », résout élégamment deux contraintes majeures des drones autonomes : l’autonomie de la batterie et la capacité d’emport d’eau. En alimentant le drone depuis le sol, WINDO s’affranchit des limitations de temps de vol et peut opérer en continu sur une façade entière, sans interruption.
Le processus de nettoyage se déroule en trois étapes distinctes.
D’abord, un rinçage à pression qui déloge les particules de poussière, la pollution et les dépôts minéraux.
Ensuite, une application de solution savonneuse calibrée pour les surfaces vitrées en hauteur, qui décolle les résidus organiques et atmosphériques.
Enfin, un rinçage final à l’eau pure, qui est filtrée et déminéralisée par le système propriétaire de WINDO, garantit une finition sans traces ni résidus sur le verre. L’eau pure ne laisse rien derrière elle : pas de calcaire, pas de film, pas de nettoyage manuel correctif nécessaire.
La stabilisation du drone en conditions réelles est l’un des défis techniques les plus exigeants du système. Laver une façade à pression, c’est appliquer une force sur une surface, ce qui crée une réaction qui tend à repousser l’appareil. Le drone doit donc maintenir sa position avec précision tout en absorbant ces forces contraires, dans un environnement où le vent et les effets de masse de l’immeuble viennent aussi interférer. C’est ici que les trois ans de terrain de WINDO font toute la différence : les paramètres de stabilisation, les algorithmes de compensation et les connecteurs du rig ont été affinés façade après façade, par un apprentissage que nul ne peut accélérer en laboratoire.
Le résultat est un système capable de couvrir une surface 2 à 4 fois plus rapidement qu’une équipe traditionnelle, d’atteindre des zones inaccessibles aux plateformes suspendues ou aux nacelles, et de le faire sans qu’un seul technicien ne quitte le sol. Un seul opérateur, une télécommande unifiée, un système qui intègre la navigation, les gestes de pompage et l’assistance à la planification de trajet.

Le drone WINDO en pleine action
Le risque : apprendre en plein vol, au sens propre
Toutefois, les premières itérations de WINDO ne ressemblaient pas à ce qu’on voit aujourd’hui sur le terrain. Lors du premier lavage effectué par drone, Sébastien opérait lui-même sur le terrain, avec un drone dont la charge utile était mal calibrée, et un système à pression en développement. L’on pouvait qualifier ces premiers clients comme de véritables pionniers, alors que ça couvrait essentiellement le coût des intrants pour le nettoyage, aucune marge supplémentaire.
Oui, les premiers essais étaient dangereux et les résultats incertains, mais ils étaient nécessaires pour comprendre comment mieux calibrer l’utilisation du drone. Chaque chantier était une leçon, chaque erreur une amélioration. La startup apprenait à voler en testant son produit dans des conditions réelles, et ce risque consenti a été la fondation de tout ce qui a suivi.
Ils ont même exploré un possible embranchement vers la peinture par drone, avant de se heurter aux réglementations du secteur de la construction, qui ont refermé cette porte. Cette déviation les a ramenés à leur idée d’origine : maîtriser le lavage de vitres par drone, et le maîtriser mieux que n’importe qui.
Assurer une croissance en bootstrappant et en pivotant au bon moment
Avec 15 000 $ investis chacun au départ pour l’acquisition de matériel, Sébastien et Émilie ont réussi l’exploit de bootstrapper leur croissance pendant trois ans, soit sans capital de risque et sans dilution externe. Ils ont construit leur réputation, lavage après lavage, immeuble après immeuble.
Au fil des années, la seule dilution consentie l’a été en faveur de leurs employés. Ce choix délibéré a permis d’aligner l’équipe autour de la réussite collective et de renforcer l’engagement de ceux qui font tourner l’entreprise au quotidien.
Puis, en 2024, un pivot stratégique majeur : plutôt que de franchiser leur modèle de service, WINDO a choisi de vendre sa technologie. Sous la marque WINDOSMART, ils commercialisent désormais un système clé en main destiné aux entreprises de lavage de vitres : qui comprend un compresseur, une machine à pression, un système de filtration d’eau personnalisé, et des connecteurs propriétaires qui constituent le cœur du secret industriel de WINDO.
Actuellement, le délai entre le bon de commande et la livraison prend une semaine, mais ils ont déjà des plans pour améliorer encore plus cette capacité d’exécution rare à quelques jours tout au plus.
Pourquoi WINDO est un Changemaker
WINDO n’opère pas dans un marché glamour. Le lavage de vitres n’attire pas les manchettes technologiques ni les firmes de capital de risque en quête de leur prochaine licorne. Mais c'est précisément pour ça que leur approche est remarquable.
En choisissant de maîtriser une chaîne de valeur complète, de la prestation de service au produit technologique, WINDO a construit quelque chose de rare : une expertise propriétaire ancrée dans la réalité du terrain, impossible à reproduire en laboratoire. Chaque composante est le fruit de trois ans d’apprentissage en conditions réelles.
Ce que Sébastien et Émilie ont compris, c’est qu’un métier difficile à exécuter est aussi difficile à copier. Et que la vraie barrière à l’entrée n’est pas brevetée, elle se construit une tour à la fois.
Ce que Garage&co est venu faire pour les aider
Chez Garage&co, nous accompagnons des entreprises comme WINDO en rendant leur plan stratégique exécutable au quotidien. Par un suivi serré et personnalisé, nous aidons les fondateurs à traduire leur vision en actions concrètes, et à les mettre en œuvre, en continuant l’aide obtenu par La Base entrepreneuriale HEC Montréal et les financements de Desjardins et de PME MTL.
En 2025, WINDO a enregistré sa meilleure année d’exploitation : 45 tours lavées, pouvant atteindre 20 étages chacune, avec des clients récurrents et une demande dépassant leur propre capacité de livraison. Un problème qu’on souhaite à toutes les startups.
Nous continuer d’aider l’équipe à travers le pivot qu’ils ont fait avec WINDOSMART, alors que les ventes croissent, que les premières entreprises québécoises de lavage de vitres adoptent la solution, et que WINDO commence à regarder vers l’Ontario, le reste du Canada, et les États-Unis.
Et puisque WINDO travaille une technologie de mapping aérien fonctionnant sans GPS, ils imaginent déjà une application au-delà du lavage de vitres, notamment dans des applications militaires. Ce que Sébastien et Émilie ont construit pour nettoyer des façades pourrait bien, dans un avenir proche, servir des usages que personne n'anticipe au départ.
C’est aussi ça la force d’un écosystème de soutien : aider les entreprises à voir les opportunités qu’ils croyaient inaccessibles par eux-mêmes.
