En 1992, Jeff Hawkins voulait concevoir un assistant numérique qui tienne dans une poche. Avant de dessiner le moindre circuit, il a taillé un bloc de bois aux dimensions exactes de son futur produit, l’a glissé dans sa poche et l’a porté pendant des semaines. Quand un collègue l’invitait à un rendez-vous, il sortait son bloc, faisait semblant de noter dans un agenda, puis le rangeait. Il voulait répondre à une question simple : un objet de cette taille, de ce poids, à cette fréquence d’usage, est-il vivable au quotidien ? Le Palm Pilot, lancé quatre ans plus tard, est devenu l’un des appareils mobiles les plus vendus de son époque.
L’anecdote est racontée par Alberto Savoia dans Pretotype It, un ouvrage formateur pour quiconque s’intéresse au développement de produit. Elle résume une discipline trop rare en hardtech : prouver qu’une idée mérite d’être construite avant d’engager le capital qui servira à la construire.
Nous voyons régulièrement le scénario inverse chez les fondateurs que nous accompagnons à Garage&co, soit près de 60 entreprises hardtech depuis 2022, du dispositif médical à l’agtech. Une idée précise, un vrai problème à résoudre, parfois des clients potentiels déjà identifiés.
Au moment de montrer quelque chose, des slides, une description technique, un fichier CAD que personne n’arrive à lire. L’écart entre l’idée et un objet que l’utilisateur peut tenir, regarder, juger en quelques secondes finit par dévorer le capital, particulièrement en hardtech, où chaque itération mobilise des mois et un investissement important.
Ce premier billet ouvre une série conjointe avec Punctuate Design qui accompagne le développement de produits physiques pour des startups hardware et hardtech, en intégrant les contraintes de fabrication et les principes d’éco-conception dès la définition. La série explore leur méthode, en commençant par l’étape la plus souvent escamotée du hardware : la Phase 0.
Le design, c’est d’abord une enquête
Beaucoup de studios de design industriel travaillent en aval, sur la coquille d’une technologie déjà conçue : des formes, des couleurs, un rendu 3D qui se présente bien sur une slide d’investisseur. Cette posture suppose qu’on connaît déjà l’utilisateur, le besoin, l’usage et les contraintes de fabrication. Beaucoup de fondateurs paient cher cette présomption.
Chez Punctuate, la première conversation ressemble davantage à un interrogatoire bienveillant qu’à un brief créatif : pour qui conçoit-on ce produit ? Quel problème règle-t-il concrètement ? Dans quel contexte sera-t-il utilisé, par qui, à quelle fréquence ? Quelles sont les contraintes techniques, ergonomiques, de fabrication ?
La franchise des réponses détermine tout ce qui suit. C’est cette discipline d’enquête, jumelée à une lecture éco-conception des matériaux et du cycle de vie, qui distingue le travail de Thibault et de son équipe.
C’est aussi la raison pour laquelle Punctuate insiste pour que chaque mandat commence par une Phase 0. Avant qu’un fondateur entre en Incubation, et qu'il engage du temps et du capital sur un prototype fonctionnel, nous voulons savoir si le besoin a été testé sur de vraies personnes.
Le prétotypage : tester le marché avant le produit
La réponse à la question fondatrice — ce produit vaut-il la peine d’être fabriqué ? — vit dans la réaction de vrais utilisateurs face à quelque chose de concret. L’objectif de la Phase 0 est de définir le minimum nécessaire pour provoquer cette réaction, en amont du MVP et du prototype fonctionnel.
Punctuate va concevoir ce qu’on appelle un prétotype : un dispositif qui simule l’expérience du produit final, sans que la technologie soit réellement en place. L’objectif est de prouver que ça intéresse, en amont de la preuve que ça fonctionne. Trois exemples illustrent l’idée.
Le distributeur de pizzas. Une startup hardtech veut développer un distributeur automatique de pizzas. Avant d’investir dans la robotique et les brevets, le prétotype est simple : une boîte avec une belle affiche en façade, comme si c’était un vrai distributeur. À l’intérieur, pas de technologie : juste une personne avec un micro-ondes qui fait chauffer des pizzas. Le client passe commande, reçoit sa pizza, vit l’expérience. L’équipe, elle, mesure la traction : combien de personnes s’arrêtent, combien achètent, combien reviennent.
Le gant médical. Une entreprise medtech veut concevoir un gant thérapeutique pour des patients atteints d’une pathologie spécifique. Avant de développer l’électronique et les capteurs, le prétotype est un gant inerte, sans technologie, que des patients portent pendant plusieurs journées entières. La question à valider est fondamentale : est-ce que porter ce gant au quotidien est même envisageable ? Si la réponse est non, il faut repenser la forme du produit avant d’y intégrer quoi que ce soit.
Le robot déneigeur. Une startup veut mettre au point un robot autonome de déneigement résidentiel. Avant de concevoir la moindre pièce, le prétotype est encore plus minimaliste : un simple calendrier Google où des résidents peuvent réserver un créneau de trois heures pour du déneigement gratuit. Si personne ne réserve, ça ne veut pas dire que le produit est une mauvaise idée. Ça veut dire que le marché, le domaine ou le persona visé n’est pas le bon.
« Le prétotypage ne donne pas toujours la réponse qu’on espère, mais il la donne tôt, quand il est encore temps d’ajuster le tir. »
Dans chaque cas, le prétotype s’accompagne d’indicateurs précis : taux d’engagement, nombre d’interactions, taux de retour, volume de réservations. Ces données permettent de prendre une décision éclairée : continuer, pivoter ou arrêter.
Ce que cela signifie pour les fondateurs hardtech
Si vous développez un produit physique, que ce soit en hardware, en hardtech ou en medtech, il y a une question qui mérite d’être posée avant les autres : « Qu’est-ce que je dois montrer pour convaincre mon prochain investisseur ou mon premier client ? »
Le verbe à retenir est montrer. Un objet que l’autre personne peut regarder, toucher, juger en trente secondes provoque une réaction qu’aucune description, aucune slide, aucun fichier CAD ne reproduit. C’est cette réaction, et la donnée qu’elle produit, qui guide ensuite les décisions de financement, d’embauche technique et de choix de manufacturier.
Cette réponse est votre Phase 0. C’est le travail que nous accompagnons dans le parcours Prétotypage de Garage&co, et c’est le terrain naturel d’une conversation avec Punctuate.
Dans le prochain billet, on entre dans le vif : la définition du produit et la réalisation des premiers concepts. L’étape où une idée validée devient un objet qu’on peut tenir dans ses mains.
Envie de démarrer une conversation avec Punctuate ?
Thibault Lerailler – Fondateur, Punctuate Design | Studio de design industriel, Montréal
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À propos de notre partenaire : Punctuate Design
Punctuate Design est un studio de design industriel basé à Montréal, spécialisé dans le développement de produits physiques pour les startups hardware, hardtech et les PME manufacturières. En combinant stratégie produit, design industriel et contraintes de fabrication, l’équipe aide à transformer des idées ambitieuses en produits désirables, industrialisables et alignés avec leur marché. Leur approche est à la fois rigoureuse et agile, pensée pour accélérer la prise de décision, réduire les risques et créer des produits utiles.
