Blogue, Startup

Baumier : Quand le modèle d'affaires est l'innovation

Dans l'industrie du vélo, tout le monde vend de la performance. Baumier, elle, vend quelque chose de bien plus rare : un engagement. C'est le pari qu'a choisi de faire Benjamin du Haÿs lorsqu'il a fondé Baumier à Montréal.

Baumier : Quand le modèle d'affaires est l'innovation

L’histoire de Benjamin dans la tech passe par son rôle comme cofondateur de Mobeewave, la fintech à l'origine du paiement sans contact sur téléphone mobile, rachetée par Apple en 2020. Suite à ça, il aurait bien pu chercher la prochaine licorne numérique, mais il a choisi autre chose. Son ambition dans les dernières années a été de fabriquer, à la main, à Montréal, un vélo conçu pour durer des générations.

Mais l'innovation de Baumier n'est pas que dans le produit; elle est dans la façon de faire des affaires.


Le problème : une industrie, et même une société, déconnectée de ses valeurs

Pour un founder comme Benjamin, qui a connu l’hypercroissance et le capital de risque, le constat était clair: notre société souffre d’une dérive capitaliste qui aplanit les humains dans les organisations. 

C’est d’ailleurs le constat qu’il perçoit dans l’industrie du cyclisme, où, d'un côté, on retrouve une communauté de passionnés profondément attachée à l'effort, à la nature, à la durabilité; et de l’autre, une industrie dominée par de grands acteurs mondiaux dont la logique de volume entrent en contradiction directe avec les valeurs de leurs propres clients.

Pour Benjamin du Haÿs, ce décalage est le vrai problème à résoudre, tant dans la façon de faire un meilleur vélo, mais aussi comment bâtir une entreprise dont la façon de faire est cohérente avec ce qu'elle prétend défendre.

Il a donc décidé d’adopter les préceptes de Frédéric Laloux et son livre Reinventing Organizations : Vers des communautés de travail inspirées pour créer une méthode de gouvernance basée sur la forêt équatoriale. 

Le risque : un modèle alternatif difficile à financer et à crédibiliser

Proposer un vélo haut de gamme entièrement conçu, fabriqué et assemblé à Montréal, avec une garantie à vie, une résine biosourcée et une gouvernance inspirée de la forêt équatoriale, c'est courageux. Et c'est aussi risqué.

Des investissements d'environ 3 millions de dollars ont été nécessaires à la réalisation du produit. Pour une startup qui refuse la logique de masse, chaque décision dans la production, que ce soit les matériaux ou les fournisseurs à choisir, doit être justifiée non seulement sur le plan technique, mais aussi financier. 

De plus, comme l'entreprise vise à rester petite, soit avec un objectif à long terme d'environ 200 vélos et 200 paires de roues par année, son modèle exige une gestion rigoureuse des ressources. Naviguer les crédits d'impôt et les subventions auxquels une jeune entreprise manufacturière québécoise a droit devient alors un défi.

En même temps, c’est un moindre coût à payer pour maintenir le contrôle sur le modèle de gouvernance de Baumier, où chaque employé à un mot à dire sur les décisions d’affaires. Un grand contraste avec le milieu de la tech que Benjamin a connu antérieurement où le retour sur investissement prévalait sur la saine croissance.

Image

Découvrez le B01, le premier vélo de Baumier

Un récent lancement ancré dans le réel

Malgré le risque, le B01 est maintenant disponible à l'achat. Conçu, assemblé et fabriqué entièrement dans les ateliers de Baumier à Montréal, c'est un vélo allroad à géométrie polyvalente, disponible en cinq tailles. Son cadre marie des tubes en carbone tressé et unidirectionnel à des raccords en titane imprimés en 3D.

Baumier est parmi les seules marques au Canada à produire localement à la fois des cadres et des roues en carbone. Tel que précisé dans un récent article dans La Presse, l'entreprise vise la commercialisation de 40 à 50 vélos cette année.

Ce lancement s'appuie aussi sur des partenariats commerciaux stratégiques, notamment avec Arkel, marque québécoise de référence dans l'équipement cycliste, qui permettent à Baumier d'élargir sa présence auprès de la communauté de cyclisme sans trahir son positionnement de niche.


Ce que Garage&co est venu faire

Avec Baumier, notre travail a consisté à identifier et à activer les crédits d'impôt et les subventions disponibles pour soutenir la croissance de l'entreprise. 

Dans un contexte où chaque dollar investi dans la R&D, la fabrication locale et l'innovation de procédés peut donner droit à un retour fiscal significatif, encore faut-il savoir naviguer dans ce labyrinthe administratif sans y perdre un temps précieux.

Pour un entrepreneur comme Benjamin, habitué à l'exécution rapide, à la rigueur et à l'impact, l'enjeu n'était pas de trouver de l'aide. C'était de la trouver au bon moment, avec le bon accompagnement, pour que le capital déployé reste au service du produit et des gens qui le fabriquent.

Et comme écrit précédemment, aider Benjamin et son équipe à trouver des leviers de financement qui sont adaptés à sa vision de Baumier.


Pourquoi Baumier est un Changemaker

Baumier cherche à réinventer notre relation à ce qu'on achète, à ce qu'on fabrique, et à la façon dont une entreprise peut incarner ses valeurs à chaque étape de sa chaîne de valeur. Ça dépasse donc la vision qu’elle entrevoit dans la conception du vélo.

Chez Baumier, deux piliers guident chaque décision : l'humain et l'environnement. Concevoir un vélo qui respecte ces engagements, c'est repenser toute la chaîne, depuis la production locale jusqu'à la responsabilité du cycle de vie complet du produit. 

Et dans un écosystème obsédé par la croissance rapide, Baumier rappelle qu'il est possible de bâtir autrement.

C’est donc comme ça que le vrai avantage concurrentiel s’exprime. Pas par la technologie, parce que le vélo reste un mode de déplacement plus vieux que la voiture, mais plutôt par la cohérence entre le produit livré, et les gens qui travaillent pour le produire.

Voir toutes les nouvelles

Voir toutes les nouvelles